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Mes observations et analyses

Ce blog traite de l'analyse des faits sociaux que nous observons au quotidien dans notre entourage

Synthèse de "Dynamique de l'invisible en Afrique (2000), de BERNAULT et TONDA

                                                     Plan
                                              Introduction
I.    Synthèse des textes
1.    Religion, ethnie et sorcellerie, des instruments politique incontournables
2.    Religion, ethnie et sorcellerie, des catégories sociales en perpétuelle mutation
3.    Invasion de l’espace sociopolitique contemporain par des pratiques de sorcellerie
4.    Une gouvernance moderne dit-on, mais traditionnelle dans la pratique
II.    Appropriation des textes
1.    La place de la religion dans le monde contemporain et ses éventuelles répercussions sur le maintien de l’ordre social
2.    Répercutions de l’ethnicité et de la sorcellerie sur la société contemporaine
                                            Conclusion 

                                              Bibliographie


                                                       Introduction
           Si on ne sait pas précisément ce qui a poussé des hommes à réaliser des œuvres non indispensables à leur survie, on constate tout même que c’est au moment où ils ont commencé à enterrer leurs morts avec soin que l’art a commencé à se développer. Les hommes ont ainsi pris conscience du fait que la mort « physique » est quelque chose d’inéluctable, mais qui ne signifie pas la fin de leurs œuvres. En fait, au regard de l’histoire, l’homme a toujours exister et continu toujours à le faire et ceci à travers les fresques, les peintures, les outils ou tout autres choses qui témoigne de son passage dans un espace sociale bien précis. L’homme est dont capable de transcender l’histoire.
        De la même manière que l’homme survie de façon continue, les phénomènes qui l’entourent ne connaissent point une fin. En fait, au-delà des œuvres humaines, il existe des phénomènes sociaux qui perdurent, se reproduisent et se métamorphosent au cours de l’histoire. On assiste donc à une transposition des réalités liées à l’environnement traditionnel  dans un contexte post moderne. C’est précisément le cas de l’ethnie, la religion, la sorcellerie et la politique qui sont toujours d’actualité en société africaine post moderne quand bien même elles relèvent d’une époque dite traditionnelle. Il convient donc ici de mettre en évidence leurs prégnance dans les réalités d’une société africaine post moderne, et ce à la lumière de deux documents à savoir : Dynamiques de l’invisible en Afrique (2000), BERNAULT Florence et TONDA Joseph et Religion, ethnicité et politique.

I.    Synthèse des textes
            Les documents soumis à notre lecture mettent précisément en exergue la résurgence dans un contexte post moderne de réalités qui pourtant étaient l’apanage des sociétés préindustrielles. Ainsi, la religion, l’ethnie, la sorcellerie et la politique (du moins celle ancienne) se veulent incontournables en même temps, elles sont en perpétuelles mutation.

1.    Religion, ethnie et sorcellerie, des instruments politique incontournables
            Au regard des réalités sociopolitiquescamerounaises, l’on observe que les questions de religion, d’ethnie et de sorcellerie autrefois (à l’époque traditionnelle) en vogue, sont toujours d’actualité. C’est ainsi qu’elles sont utilisées comme base ou appui politique. En fait, pour conquérir le pouvoir politique, il arrive que des acteurs politiques aient un « capital politique » généralement constitué de groupes ethnique, religieux  et même d’alliance « magico-anales » (ATEBA EYENE Charles, 2012). C’est d’ailleurs ce jeu d’alliance, selon qu’il ne noue ou se dénoue qui est dans bien de situation à l’origine du mouvement politique. Car la majorité d’aujourd’hui étant la minorité d’hier et la minorité d’aujourd’hui étant la majorité de demain et vice versa. Tel fut le cas en société ivoirienne où sous l’ère  HOUPHOUET, le pouvoir était contrôlé par les Baoulés appuyés par l’église catholique romaine et les Dioulas du Nord appuyés par la confrérie musulmane, ou sous l’ère GBAGBO dont l’exercice du pouvoir était assuré par les Bettés et les églises réveillées.
            En clair, le fonctionnement du champ  politique  en société moderne est  marqué par la prédominance de pratiques sociales (jugées désuètes) et qui se matérialisent par une identification de chaque acteur à sa communauté ethnique, religieuse et même magique. C’est d’ailleurs  ce  que   DE SARDAN  (2009) n’hésite pas d’appeler  la « gouvernance  chefferiale ».A cet effet, de nouveau phénomènes prennent corps tels que : le « trafique de mon », le système de parrainage, de cooptation, de reconnaissance etc. S’intéressant sur la question, MENTHONG (1998) estimera que le vote au Cameroun se trouve conditionné par un ensemble de déterminants dont le plus significatif semble être l’appartenance ethno-régionale et sociolinguistique. Tout porte donc à croire que l’élection correspond à une arène où se joue le sort des communautés territoriales ethniques, religieuses et même magique du Cameron. L‘ethnie est donc, dira-t-elle : «instrumentalisée à des fins de calculs politiques ».

2.    Religion, ethnie et sorcellerie, des catégories sociales en perpétuelle mutation
            Quand bien même de nombreux observateurs voient en la pluralité ethnique des populations africaines en générales et des populations camerounaises en particulier, une richesse,  il n’en demeure pas moins que cette pléthore ethnique est bel et bien un problème si l’on s’intéresse à la transition du pays de l’Etat vers l’Etat nation. Cependant le problème est de plus en plus recrudescent compte tenu du contexte actuel qui est celui de la mondialisation et dont de la complexification de ces groupements tant ethniques que religieux et magiques.
En fait, avec les exigences de bonne gouvernance et surtout impulsé par la laïcité de l’Etat et la liberté d’association, les catégories religieuses et ethniques sont devenues un fait dont nul ne peut s’en passer. A cet effet, l’on assiste à la naissance d’un ensemble d’identités dû à la nature hétérogène des diverses ethnies et religions qui couvre l’étendue du territoire camerounais. Ainsi, pendant que les églises se divisaient, se reformaient ou se multipliaient ; les ethnies quant à elles devenaient de plus en plus importantes aux yeux des acteurs politique car désormais perçues comme éventuel « capital politique ».  Dès lors, elles seront désormais parties prenantes au sein de la seine politique. C’est ainsi que le Social Democratic Front (SDF) est le parti des anglophones et Bamilékés, l’Union pour la Démocratie et le Progrès (UNDP) est le parti des Peuls ou de l’ethnie nordiste, l’Union des Populations du Cameroun (UPC) est assimilée à l’ethnie bassa et le Mouvement pour la Démocratie et la République (MDR) est rattaché à la communauté kirdi.

3.    Invasion de l’espace sociopolitique contemporain par des pratiques de sorcellerie
          Bien étant autrefois considérée comme un phénomène du moyen âge, la sorcellerie n’a pas disparu en Afrique. En fait, elle s’affirme aujourd’hui comme une condition incontournable dans l’univers publique et parfois privée. Rumeurs de meurtres diaboliques, politiciens accusés d’utiliser associations secrètes et « médicaments » pour assurer leur succès, psychoses urbaines d’enlèvements d’enfants ou de jeunes femmes victimes de démembrements rituels, conflits domestiques et de voisinage recourant aux accusations de sorcellerie: constituent aujourd’hui le quotidien des africains.En ait, il n’est pas de conversation, d’émission de radio ou de presse populaire en Afrique qui ne se fasse aujourd’hui l’écho de peurs et de convoitises liées à la magie, la sorcellerie et la violence quotidienne des forces occultes
Dans cette perspective, la sorcellerie s’avère être une ressource d’énergie ou capital dont disposeraient les individus a fin de d’avantage garantir leur ascension sociale, politique ou économique. Ainsi, nul besoin de se leurrer car la sorcellerie est bel et bien d’actualité. Elle ne relève plus d’une ère archaïque mais contemporaine. Cette prolifération des pratiques de sorcellerie en société africaine est justifiée par son contexte social. En effet, la sorcellerie est le produit d’un déséquilibre dans l’équation consommation et moyens de richesse du continent actuel. En fait, face à la dévalorisation de la méritocratie et la généralisation d’un Etat patrimonial, la sorcellerie va émerger car perçue par tous comme une panacée. Ainsi, elle provient en réalité d’une puissante volonté de sortir du statut négatif du colonisé et d’accéder au statut civilisé qu’offre l’accès à la consommation.

4.    Une gouvernance moderne dit-on, mais traditionnelle dans la pratique
           Au-delà de l’ethnicité, la religion et la sorcellerie, l’on dénombre également bien d’autres phénomènes qui ont survécu à la pré modernité et qui désormais refont sur face mais sous de formes différentes. Tel est précisément le cas du mode de gestion du pouvoir. En fait, l’on a longtemps cru que le lendemain des indépendances et mieux encore, l’avènement de la démocratie et les libertés (d’association, de penser, d’expression, de la presse etc.)qui en suivies, sonneraient la fin des régimes dictatoriaux. Hélas, il s’agit là d’un ensemble d’attitudes qui malheureusement ont « la peau dur ».
         En effet, la solution envisagée pour cette sortie de crises en 1990 à travers l’instauration d’une gouvernance partagée n’a pas pu totalement se défaire des anciens « habitus » fortement enracinés dans les comportements des gouvernants. Résultat, la situation politique et même économique des Etats africains ne s’est toujours pas améliorée aujourd’hui. C’est simplement dire que certains pays du continent sont toujours caractérisés par :
    Généralisation d’une gestion particulariste de la chose publique
       « Je remercie son excellence monsieur le président de la république, chef de l’Etat, chef des armés », a-t-on coutume d’écouter dans l’univers politique camerounais. En fait, l’observation de la pratique de la gouvernance en Afrique fait ressortir l’honni présence de la structure présidentielle qui contrairement à « l’idée de séparation de pouvoir » concentre entre les mains d’un « président de la république, chef de l’Etat, chef des armés » tous les pouvoirs de la nation. 
        Il s’agit donc d’une personnalisation du pouvoir présidentiel, qui très souvent conduit à un refus de l’alternance au sommet de l’Etat. Autant de conduites qui ne facilitent pas la matérialisation pratique des principes de la bonne gouvernance et rappellent d’avantage le mode de gouvernance que tous croyaient dépasser.
    Une administration inefficace et inefficiente
     Compromises par de nombreux dysfonctionnements dus à la présence de cadres sans qualification et sans obligation de résultats.

    Un cadre juridique défaillant
Caractérisé par un affaiblissement du cadre juridique à travers les multiples modifications de la constitution, l’instrumentalisation de la justice et une impunité généralisée des fonctionnaires et agents de l’Etat.

II.    Appropriation des textes
        Ces divers phénomènes ayant survécus à l’usure du temps et qui aujourd’hui prennent de divers formes ont cependant des répercussions sur la société post moderne.

1.    La place de la religion dans le monde contemporain et ses éventuelles répercussions sur le maintien de l’ordre social
           L’on se rappelle tous des violences commises au nom de Dieu et autres divinités ou des conflits entre dogmes religieux et vérités scientifiques ou simplement des critiques essuyées par l’églisedans leur contexte historique. Ainsi, et sans toutefois être picciniste, la persistance de la religion dans un monde post moderne ne saurait guère le mettre à labri des guerres et atrocités (sacrifices humains, croisades, les Guerres de religion (France), l'Inquisition, le Djihad) perpétrées dans le passé par les religions ou certaines croyances. A cet effet, l'histoire des violences inter et intra religieuses n'est pas finie. Une situation qui ne présage rien de bon quant au maintien de l’équilibre social.
          Ces craintes sont d’ailleurs confirmées lorsqu’on observe les pressions continues qu’exerce au quotidien les institutions religieuses sur les Etats modernes. Les domaines politiques et éducatifs en sont de parfaits exemples. D’un côté l’église intervient régulièrement dans la prise des décisions politiques telle la question du « mariage pour tous », la réforme du système électoral au Cameroun, l’installation des autorités politiques etc. De l’autre côté, des Eglises tentent actuellement d’intervenir pour demander que le créationnisme et la théorie de l’évolution soient enseignés à parts égales, y compris en Europe et notamment aux Pays-Bas, comme l’indique QUINIOU Yvon. On pourrait ainsi multiplier les exemples prouvant que, encore de nos jours, « la religion constitue un problème pour l’humanité et non une solution aux maux qu’elle rencontre » (QUINIOU Yvon, 20016). Il semble donc évident de partager l’opinion de MAX Karl (1843) selon lequel « la religion est l'opium du peuple ».


2.    Répercutions de l’ethnicité et de la sorcellerie sur la société contemporaine
        Si la religion s’avère être un couteau à double tranchant dans une société post moderne qu’est la nôtre, l’ethnicité et la sorcellerie ne sont pas en reste. En effet, même si l’on partage l’avis de nombreux d’observateurs qui voient en la décentralisation une panacée qui permettrait de d’avantage rapprocher les administrateurs des administrés et donc de satisfaire au mieux leurs besoins fondamentaux. Il n’en demeure pas moins qu’elle concoure tout du moins à la banalisation du pouvoir politique moderne en ce sens qu’elle facilite l’importation des pratiques dites traditionnelles dans l’univers politique moderne.
De plus, autant la sorcellerie permet d’acquérir une « ascension sociale » autant elle concoure à la confiscation des institutions et schèmes de pouvoir en société. Car elle instaure un environnement dans lequel seul les « érudits » peuvent jouir du « succès social ». De ce fait, la société est confisquée par une élite sociale bien précise car désormais, l’on ne devient « quelqu’un » non pas sous la base du travail ou de la méritocratie mais simplement parce qu’on connait « quelqu’un » et parfois derrière « quelqu’un ».

                                                                Conclusion 
           En définitive, ils sont légion les phénomènes sociaux ayant vu le jour il y a des centaines d’années mais qui pourtant sont toujours d’actualité tant dans le monde qu’en Afrique. Pour le cas particulier de la religion, l’ethnie, la sorcellerie et la politique, elles ont connu de nombreuses mutations. En effet, elles s’affirment aujourd’hui comme étant des outils régulièrement utilisés  par les acteurs politiques, faisant ainsi office de « capital politique » et de critère de sélection. En fait, l’on assiste aujourd’hui d’une part à la politisation de l’ethnicité et de la religion ; et d’autre part à la propagation des crimes rituels, enlèvement, viole etc. Ainsi la résurgence de telles réalités ne laisse pas intacte les institutions sociales post modernes car elles s’accompagnent d’un ensemble de changement structurel, émotionnel, comportemental et même culturel.


                                                        Bibliographie
    ATEBA EYENE C., 2012, Le Cameroun sous la dictature des loges, des sectes, du magico-anal et des réseaux mafieux, Saint-Paul, Yaoundé
    BERNAULT F. et TONDA J., 2000, Dynamiques de l’invisible en Afrique, Politique africaine, Paris
    DE SARDAN  J.-P. O., 2009, « Les huit modes de gouvernance en Afrique de l’Ouest », Working Paper, Paris
    GESCHIERE P., 1995, Sorcellerie et politique en Afrique : la viande des autres, Karthala, Paris,
    QUINIOU Y., 2016, Critique de la religion, Editions  La ville brûle
    MARX K., 1843, Pour une critique de la philosophie du droit de Hegel
    MENTHQNG H.-L., 1998, Vote et communautarisme au Cameroun : «un vote de cœur, de sang et de raison », Politique africaine, Dakar
    NGONGO L. P., 1982, Histoire des forces religieuses au Cameroun, Karthala, Paris

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